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kenyarkanakenzafarah
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Date de création :
16.04.2008
Dernière mise à jour :
03.05.2008

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keny arkana

keny arkana

Publié le 18/04/2008 à 12:00 par kenyarkanakenzafarah
keny arkana
1996 : Keny Arkana commence à rapper pour ses camarades de foyer. Du mal à parler des choses qui font mal, alors Keny les rappe, tout simplement. 2006 : Elle met la touche finale à son premier album, le très attendu Entre ciment et belle étoile. Entre-temps? De nombreux voyages improvisés, pour découvrir le monde par elle-même, plutôt que dans les livres. Des rencontres aussi, avec des personnes qui partageaient la même soif de liberté et le même refus de voir l’économie prendre le pas sur les valeurs humaines. Et puis, toujours, l’écriture et la musique pour exprimer ses utopies, ses convictions, sa colère, et puis ses doutes.

« Je viens de l’incendie, regarde les brûlures de mon âme ; Marquée au fer rouge, comment faire, ma mémoire me condamne : des douleurs intérieures, lancinantes, impérissables me bouffent jour et nuit… Comment soigner l’inguérissable? »

(Je viens de l’incendie)

Dans Entre ciment et belle étoile, toute rage est constructive, la lutte n’est jamais une fin en soi, et la contestation est inséparable de l’introspection. Dès Le missile suit sa lancée, suivi de l’effréné Je viens de l’incendie, le ton est donné. Écorchée vive, Keny rappe ses plaies avec fougue et conviction. Comme enfermée trop longtemps, elle lâche tout ce qui lui pèse, impose son rythme à la musique et entraîne l’auditeur dans sa course, sans s’attarder sur son propre sort. Elle sait qu’elle n’est pas la seule à avoir connu les « violences du système », et le récit de son propre parcours nourrit une parole qui ne sombre jamais dans l’abstraction.

Ainsi est l’album. Que Keny évoque une prise de conscience collective (Jeunesse du monde), déplore l’absence d’une contrée du globe épargnée par les dérives de notre époque (Sans terre d’asile), ou appelle à une remise en question individuelle (Cueille ta vie), son discours ne se charge jamais d’idéologie et demeure résolument humain. Keny multiplie les points de vue, varie les échelles et dresse le portrait d’un monde en mouvement qui n’épargne personne. Elle se met dans la peau d’une adolescente vivant en Argentine (Victoria, avec Claudio Ernesto Gonzalez), incarne la rue pour dénoncer la glorification dont celle-ci est l’objet (La mère des enfants perdus), raille le double discours des hommes politiques (Nettoyage au Kärcher) ou met en scène une galerie de personnages qui se croisent un matin face à un arrêt de bus (à nouveau Cueille ta vie). Et quand son propos se fait virulent, à l’image de La rage, premier extrait de l’album, ce n’est pas à la légère, mais bel et bien dicté par l’urgence d’une situation mondiale qui rend impossible tout épanouissement personnel.

Porté par l’aspiration d’un changement global, Entre ciment et belle étoile renferme également les questionnements de son auteur. Car, comme elle le chante dans Clouée au sol, « changer le monde commence par se changer soi-même ». Mais l’harmonie intérieure est souvent difficile à atteindre, alors Keny se livre, avec retenue, mais bien décidée à faire la paix avec ses tourments. Dans le triptyque Entre les lignes (Clouée au sol, Une goutte de plus, Prière), elle expose ses failles, explore ses doutes et nuance ses affirmations, cristallisant ce balancement permanent entre la poursuite d’une aventure collective et celle d’un parcours personnel, la force de ses convictions et sa crainte de l’avenir, alors que sa foi apparaît comme un pilier inébranlable. L’expression de ses tiraillements culmine avec le déchirant Je suis la solitaire, marqué par cette confession : « La vie m’a jetée dans la nuit, puis m’a laissée seule ; je suis la solitaire même avec le cœur rempli de frères et sœurs ». La tristesse perce, comme trop longtemps contenue, et c’est apaisée que Keny délivre une ultime Prière.

Tout au long de l’album, la richesse des textes est mise en valeur par les compositions soignées d’une palette étendue de producteurs (Enterprise, Karl Colson, Kilomaître…), à laquelle s’ajoute la contribution de Keny pour le titre final. N’hésitant pas à sortir des barrières du rap, les musiques s’enrichissent d’instruments et se font souvent organiques, comme lors de l’acoustique Clouée au sol, basé sur une composition originale de Vgtah, durant lequel Keny est accompagnée à la guitare par DJ Truk. Et, régulièrement au cours de l’album, les quelques mots qu’elle chantonne pendant un refrain ou en conclusion d’un titre amènent une touche mélodique qui vient désamorcer la tension, ouvrir la porte à l’émotion et laisser croire au meilleur. Keny nous livre ainsi avec Entre ciment et belle étoile un disque à son image : les pieds sur terre, et les yeux vers le ciel.




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